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En ce temps-là…

En ce temps-là, Gaïa s’aimait, Gaïa se ressentait et aimait se ressentir. Elle en tirait volupté et plénitude. Gaïa aimait ce contact avec elle-même. Elle se sentait joyeuse. Elle se savait joyeuse. Et cette joie lui donnait à rire, d’un rire tendre et complice.

Gaïa riait.

Gaïa riait et son rire pétillait. Son rire se déployait et s’étendait à toute chose. Son rire éclatait dans les vallons, grimpait aux collines, dévalait les pentes et plongeait dans les rivières. Il faisait chanter le vent, caressait les nuages, s’engouffrait dans les forêts, s’immisçait dans les terriers. Il sautait de fleur en fleur, de rocher en rocher et touchait tous les animaux de sa grâce. Il gonflait les poils, faisait frémir les plumes, bruire les écailles. Il entrait dans les poumons, dans les entrailles, coulait dans le sang de tous. Et chacun y puisait sa force de vie.

Gaïa riait et lançait son rire jusqu’aux étoiles. Et le Ciel recevait ce rire. Le Ciel vibrait de ce rire, le Ciel s’en nourrissait. En écho, il offrait à Gaïa les plus chauds des rayons du soleil pour qu’elle s’en embellisse chaque jour davantage. En ce temps-là, Gaïa s’aimait. En ce temps-là, les hommes étaient des Hommes et les femmes étaient des Femmes.

Qu’en est-il advenu depuis ?

Depuis, les nuits ont succédé aux jours et les jours aux nuits. Les cycles ont fait place aux cycles, les temps anciens aux temps nouveaux. Et tout aurait pu, aurait dû continuer dans le rire. Mais la plume de l’oubli a touché le cœur de l’Humain. L’Humain s’est oublié et l’Humain a cessé de rire.

L’Humain est entré dans un temps d’errance, contrariant la vie par maladresse, par méprise. Les erreurs ont succédé aux erreurs, froissant la vie de plus en plus profondément. Ainsi, s’est créée une blessure dans l’humain. Une blessure de chair, une blessure d’amour. Une blessure à vif que l’Humain, dans son oubli, ne savait pas guérir. Alors, l’Humain a pris peur. Peur de la souffrance, peur de lui-même qui s’était créé cette souffrance, peur de la vie qui ne le guérissait plus. Et l’Humain s’est séparé de lui-même. L’Humain s’est divisé d’avec lui-même. Les Hommes se sont éloignés des Femmes, les Femmes se sont éloignées des Hommes. Les Hommes sont devenus des hommes, les Femmes sont devenues des femmes.

C’est à ce moment, à ce moment seulement, que la rancœur a pu entrer dans le sanctuaire sacré, le cœur de l’Humain.

Elle y a déployé ses tentacules, diffusé son venin. Elle y a transformé le rire en pleurs. Et aujourd’hui, la rancœur habite le cœur de l’Humain comme s’il était sa demeure légitime. A force de mensonges, elle a fait que l’Humain se méfie de lui-même : l’homme n’a plus confiance en la femme, la femme n’a plus confiance en l’homme. Mais il y a pire. La rancœur a fait que l’Humain se fait la guerre à lui-même, les hommes contre les femmes, les femmes contre les hommes. Et l’Humain se déchire et l’Humain se hait lui-même.

C’est ce que les temps nouveaux appellent la guerre des sexes.

Amis, ô sœurs, ô frères, nous vous appelons. Du plus profond de notre cœur, du plus intime de notre chair. Nous vous appelons du plus noble de nous-mêmes et nous prenons la vie pour témoin. Devant elle, en accord avec elle, nous entonnons le grand chant de la réconciliation.

Amis, ô sœurs, ô frères, il est temps de retrouver l’Humain.

Il est temps de nous retrouver dans notre beauté. Il est temps de redéployer notre magnificence. Redevenons des Femmes, redevenons des Hommes. Redevenons l’Humain en marche vers son accomplissement.

Amis, ô sœurs, ô frères, le temps est venu de chasser la rancœur, ses tentacules et son venin. Le temps est venu de la balayer, avec ses méfiances et sa guerre. Le temps est venu de guérir notre cœur et notre chair. Ô Femmes, ô Hommes, retrouvons-nous. Ensemble, retrouvons la confiance et la noblesse partagées, le flot de la vie. Redevenons l’Un, l’Humus, l’Humain.

Et redonnons à Gaïa le goût de rire. Redonnons à Gaïa le goût d’aimer, à nouveau et pour l’éternité.

En ce temps-là… – Sylvaine-Arundhati et Marc-Vasistha.